Histoire du rite et de l’Ordre
Histoire de l’Ordre de Memphis-Misraïm
l’Ordre Maçonnique Traditionnel de Memphis-Misraïm est la nouvelle appellation de la Grande Loge Traditionnelle née en 1998 sous l’impulsion de Gérard Kloppel.
Histoire du rite et de l’Ordre · 14 min de lecture
Qu’est-ce que le rite de Memphis-Misraïm ? Origines (Misraïm, Memphis, réunion de 1881), échelle des degrés, Arcana Arcanorum et pratique en France.

En bref
Le rite de Memphis-Misraïm, ou Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm (R⸫A⸫P⸫M⸫M⸫), est le principal rite de la franc-maçonnerie dite « égyptienne ». Il est né de la réunion, en 1881, de deux rites du XIXe siècle : le rite de Misraïm, venu d’Italie, et le rite de Memphis, fondé en France en 1838. Sa longue échelle de degrés prolonge la maîtrise maçonnique par l’étude des symboles, de l’hermétisme et des traditions de l’Égypte alexandrine. En France, l’Ordre Maçonnique Traditionnel de Memphis-Misraïm en est la juridiction des hauts grades pour la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française.
Le rite de Memphis-Misraïm est un rite maçonnique, c’est-à-dire avant tout une manière particulière de pratiquer la franc-maçonnerie, avec ses rituels, ses grades et sa symbolique. On l’écrit aussi Memphis Misraim, sans tréma ni trait d’union, ou encore Memphis-Mitzraïm. On le dit « égyptien » parce que ses fondateurs ont placé leur perspective maçonnique sous le signe de l’Égypte antique, que l’Europe regardait depuis la Renaissance comme la terre des mystères et de la sagesse d’Hermès. Mais il n’est pas venu d’Égypte pour autant : son histoire, documentée, commence en Italie et en France entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe.
Cette page en retrace l’histoire, des premiers rites égyptiens jusqu’à aujourd’hui, en suivant le fil qui mène à notre Ordre.
Misraïm (en hébreu Mitsraïm) est le nom de l’Égypte dans la Bible. Le mot a une forme duelle, que la tradition rattache volontiers aux « deux Égyptes », la Haute et la Basse, réunies sous la couronne des pharaons. Dans la Genèse, Mitsraïm est aussi un fils de Cham, ancêtre des Égyptiens, tandis que Memphis est l’ancienne capitale de l’Égypte pharaonique, au sud de l’actuel Caire. Le nom du rite unit ainsi deux manières de dire l’Égypte : celle de la Bible et celle de l’histoire antique.
Le nom complet, Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, évoque quant à lui l’ambition de ses fondateurs : remonter aux sources, au plus près d’une tradition qu’ils voulaient première. Il fait aussi écho à d’autres rites « de désir », comme le Rite primitif ou celui des Philadelphes. Les maçons l’abrègent en R⸫A⸫P⸫M⸫M⸫.
Au XVIIIe siècle, les hiéroglyphes ne sont pas encore déchiffrés : Champollion n’y parviendra qu’en 1822. L’Égypte passe alors pour la source de toute sagesse, l’origine spirituelle de la Connaissance en Occident : celle d’Hermès Trismégiste et des textes du Corpus Hermeticum. Dans ce climat d’« égyptomanie », plusieurs maçons créent des rites qui se réclament directement d’une Égypte imaginaire, chargée de toutes les attentes d’une époque. Comme l’écrit notre étude sur l’apport de l’Égypte à la franc-maçonnerie, cette référence relève de l’exagération, mais elle révèle une quête bien réelle : la recherche et le désir d’une source toujours plus pure de l’initiation.
Le plus célèbre de ces promoteurs est, sans aucun doute, Joseph Balsamo, dit Cagliostro, qui se fit aussi appeler marquis Pellegrini. En 1784, il fonde à Lyon la loge mère de sa Haute Maçonnerie égyptienne, « La Sagesse triomphante ». Ce rite, très fortement tourné vers une pratique hermétique, ne lui survit pas. La légende a fait de Cagliostro le père de toute la maçonnerie égyptienne ; l’histoire est plus prudente. Son rite n’est pas l’ancêtre de Misraïm ni même du rite de Memphis : les deux puisent seulement aux mêmes sources hermétiques.

Ces sources mènent au royaume de Naples. La petite loge napolitaine « La Parfaite Union » y était, au XVIIIe siècle, un carrefour où se pratiquaient presque tous les rites de cette époque ; le baron de Tschoudy, auteur du rite de l’Étoile flamboyante, en fut l’un des Vénérables. Le cercle du prince Raimondo di Sangro, prince de San Severo, alchimiste et mécène, sous la protection duquel fut placée la maçonnerie du royaume, appartient au même milieu hermétique. C’est de ce centre de gravité ésotérique et hermétique que sortiront le rite de Misraïm et son enseignement le plus secret, l’« Échelle de Naples ».
L’origine exacte du rite de Misraïm reste discutée. Robert Ambelain la faisait remonter à une loge fondée à Venise en 1788 ; d’autres auteurs avancent 1805. Mais le plus ancien document connu qui atteste son existence est une patente du 77e degré, délivrée le 25 juin 1811 par le chapitre « La Concorde », à l’Orient de Lanciano, à Pierre-Joseph Briot ; ce diplôme est conservé au musée de la Franc-maçonnerie du Grand Orient de France. Le rite compte 90 degrés, et ses derniers, du 87e au 90e, forment le « Régime de Naples », ou Arcana Arcanorum.
En 1814-1815, trois frères originaires de Cavaillon, Marc, Michel et Joseph Bédarride, anciens officiers de l’armée impériale en Italie, implantent le rite de Misraïm à Paris. Selon le témoignage rapporté par l’historien Clavel, les postulants ne pouvaient alors dépasser le 87e degré : les trois derniers étaient réservés à des « supérieurs inconnus ». En 1816, un autre frère, Joly, qui avait reçu à Naples en 1813 les pouvoirs du Régime de Naples, en présente les secrets au Grand Orient de France pour l’y faire entrer, mais la démarche échoue. Souvent en conflit avec le Grand Orient, le rite est d’ailleurs interdit par la police en 1822, se reconstitue en 1831, puis sa Grande Loge ferme ses portes en 1899.
Le rite de Memphis est plus tardif. Il est fondé à Paris en 1838 par Jacques-Étienne Marconis de Nègre (1795-1868), ancien membre de Misraïm. Selon la tradition du rite, son père, Gabriel Mathieu Marconis, aurait participé dès 1815 à Montauban à une loge des « Disciples de Memphis ». Marconis bâtit son rite à partir de toutes les initiations qu’il avait reçues, en particulier celles de Misraïm, et le dote d’abord, en 1839, d’une échelle de 91 degrés, qu’il porte ensuite à 95. Le rite est interdit en 1841.
Pour répondre aux critiques, il affirme que son rite remonte à l’Égypte et qu’il lui serait parvenu par l’intermédiaire de maçons de l’armée de Bonaparte. Rien ne vient étayer cette légende. En 1862, Marconis rallie le Grand Orient de France, qui intègre le rite de Memphis avec une échelle réduite à 33 degrés. Notre étude Considérations sur les « Arcana Arcanorum » l’établit : le rite de Memphis n’a jamais transmis les Arcana Arcanorum, qui appartiennent au seul rite de Misraïm.
En septembre 1881, plusieurs Souverains Sanctuaires nationaux nomment Giuseppe Garibaldi, héros de l’unité italienne, Grand Hiérophante des rites de Memphis et de Misraïm. C’est de cette réunion que vient le nom de Memphis-Misraïm. Garibaldi meurt moins d’un an plus tard, sans que tous les Sanctuaires aient reconnu sa nomination, et sa succession se dispute.
En Angleterre, John Yarker développe de son côté un « Rite Ancien et Primitif » qu’il fait passer de 33 à 97 degrés. Il le bâtit sur un rite de Memphis en 33 degrés venu de New York. Comme le montre l’historien Gérard Galtier, c’est moins une vraie fusion de Memphis et de Misraïm qu’un Memphis réécrit. C’est pourtant de Yarker que vient la filiation française du rite de Memphis-Misraïm.
Au début du XXe siècle, le rite revient en France avec les occultistes. Papus (Gérard Encausse) reçoit de John Yarker les pouvoirs du Rite Ancien et Primitif. En 1913, Theodor Reuss succède à Yarker comme Grand Hiérophante et, en septembre 1919, donne à Jean Bricaud une charte pour constituer en France un Souverain Sanctuaire de Memphis-Misraïm. Bricaud est le premier à parler d’un « Ordre de Memphis-Misraïm ». Dans les années 1930, les Frères belges d’Armand Rombauts révisent les rituels et introduisent une échelle en 99 degrés ; Constant Chevillon, Grand Maître pour la France, refusera ces changements ; seule une branche française, conduite par Georges Bogé de Lagrèze, se rallie aux Belges.
À la mort de Bricaud, en 1934, Constant Chevillon devient Grand Maître. Il crée en 1938, ou fait créer par Raoul Fructus, un rite féminin. Sous l’Occupation, les sociétés initiatiques sont pourchassées ; réfugié à Lyon, Chevillon est assassiné par la Milice le 25 mars 1944 à Saint-Fons, montée des Clochettes, près de Lyon. Henri-Charles Dupont, qu’il avait heureusement nommé Grand Administrateur, lui succède.
C’est aussi Chevillon qui avait parrainé Robert Ambelain en mars 1939 à la loge « La Jérusalem des Vallées Égyptiennes ». Prenant tous les risques, Ambelain fait travailler durant toute la guerre une loge clandestine à son domicile, « Alexandrie d’Égypte ». Le 13 août 1960, Dupont lui transmet la direction du rite. Ambelain lui donne alors une impulsion qu’il n’avait jamais connue :
Dans la nuit du 31 décembre 1984 au 1er janvier 1985, il transmet sa charge de Grand Maître à Gérard Kloppel.








Le 24 janvier 1998, une crise interne provoque la scission de la Grande Loge Française de Memphis-Misraïm. En mars 1998, Gérard Kloppel, toujours Grand Maître mondial du rite, confère une patente de rite au Sublime Frère Jean Lebensold afin de créer la Grande Loge Traditionnelle de Memphis-Misraïm. Jean-Simon Battini lui succède en 2011, puis Axel Karol en 2020. Un premier accord signé en 2013 avec la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF) aboutit, après près de dix années d’échanges, à la création de la septième Maison de rite de la GL-AMF, celle du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, au convent de Deauville du 8 octobre 2022. Ses loges bleues ayant rejoint l’Alliance, la Grande Loge Traditionnelle prend le nom d’Ordre Maçonnique Traditionnel de Memphis-Misraïm et devient la juridiction des hauts grades du rite au sein de l’Alliance. Ce parcours est raconté en détail dans l’histoire de l’Ordre.
Le nombre de degrés a beaucoup varié, et c’est l’une des questions les plus fréquentes sur le rite :
Notre Ordre pratique une échelle de 95 degrés initiatiques, auxquels s’ajoutent deux degrés administratifs, le 96e et le 97e. Elle se divise en trois parties : la maçonnerie symbolique, du 1er au 3e degré ; la maçonnerie philosophique, du 4e au 33e, proche des hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté ; la maçonnerie hermétique, du 34e au 95e, propre aux rites égyptiens, qui comprend les mystérieux Arcana Arcanorum.
Seule une douzaine de ces degrés sont conférés par une véritable cérémonie : ils sont la colonne vertébrale du parcours. Les autres sont transmis « par communication ». Robert Ambelain comparait d’ailleurs cette échelle à un « déambulatoire » où l’on conserve de vieux rites : un conservatoire initiatique, dont chaque grade peut être réveillé à tout moment. Le détail des grades est présenté dans notre parcours initiatique.
Les Arcana Arcanorum, les « arcanes des arcanes », désignent l’enseignement le plus secret du rite de Misraïm, attaché à ses quatre derniers degrés, du 87e au 90e. Ils sont souvent décrits comme une voie alchimique interne, associée parfois à une théurgie. Leur histoire est l’un des sujets les plus débattus de la maçonnerie égyptienne : on en parle beaucoup, et force est de constater que l’on démontre peu.
Nos études défendent une thèse précise. Ces Arcana appartiennent au seul rite de Misraïm ; leur transmission semble avoir disparu très tôt en France ; ceux que l’on rencontre dans la plupart des juridictions actuelles ont été réécrits en Belgique dans les années 1930. Trois études détaillent cette recherche :
Le rite de Memphis-Misraïm se reconnaît à quelques traits que l’on retrouve d’une juridiction à l’autre :
Comme le rappelle la place des rites égyptiens aujourd’hui, le rite prolonge une sensibilité que l’on peut considérer comme la plus ésotérique de la franc-maçonnerie. Il se tient en dehors de toute prise de position religieuse, sociale ou politique, mais ne s’impose aucune limite dans la recherche de la Vérité au sein des diverses traditions.
Le rite est aujourd’hui pratiqué en France par plusieurs obédiences et juridictions indépendantes les unes des autres, nées pour la plupart de la grande maîtrise de Robert Ambelain puis de la scission de 1998. Certaines pratiquent les trois premiers degrés, d’autres seulement les hauts grades ; leurs échelles diffèrent.
Depuis 2022, la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française compte une Maison du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, qui réunit ses loges bleues. L’Ordre Maçonnique Traditionnel de Memphis-Misraïm en est la juridiction des hauts grades. Des accords le lient aussi à d’autres obédiences, comme la Grande Loge Traditionnelle et Moderne de France ; ses obédiences amies sont présentées à part.
Pour rejoindre notre Ordre, oui : il accueille des Maîtres maçons de toutes obédiences, et la seule condition est d’être titulaire du grade de Maître. Il n’est pas nécessaire d’avoir pratiqué le rite de Memphis-Misraïm dans les trois premiers degrés. Les démarches sont décrites dans Nous rejoindre.
Non. Ses deux rites fondateurs sont nés en Italie et en France aux XVIIIe et XIXe siècles. Le nom d’Égypte évoque surtout une inspiration : celle des mystères antiques et de l’hermétisme, que les maçons de l’époque tenaient pour la source de l’initiation. Ses rituels sont donc d’inspiration à la fois maçonnique et hermétique.
Il est indirect. La Haute Maçonnerie égyptienne de Cagliostro (Lyon, 1784) est plus ancienne et puise aux mêmes sources napolitaines, mais elle n’est l’ancêtre ni du rite de Misraïm ni de celui de Memphis et, à notre connaissance, n’a pas survécu à son fondateur.
Non. Comme dans toute la franc-maçonnerie, les rituels se transmettent au cours des cérémonies et ne sont pas diffusés. Les documents que l’on trouve en ligne sous ce nom sont incomplets ou anciens. L’histoire, les symboles et le sens des grades, en revanche, peuvent être étudiés librement : c’est l’objet des textes de ce site.
Histoire du rite et de l’Ordre
l’Ordre Maçonnique Traditionnel de Memphis-Misraïm est la nouvelle appellation de la Grande Loge Traditionnelle née en 1998 sous l’impulsion de Gérard Kloppel.
Histoire du rite et de l’Ordre
Quel rôle doit jouer la franc-maçonnerie en général et celle du Rite Ancien et primitif de Memphis-Misraïm en particulier dans nos sociétés ?
Histoire du rite et de l’Ordre
Création de la Maison du Rite de Memphis-Misraïm au sein de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, convent de Deauville le 8 octobre 2022.